Chez R-USE, le mot d’ordre c’est la revalorisation. Pas question pour eux de jeter, tout ce qui est réutilisable doit être réutilisé. Dans cet état d’esprit, la société a vocation à conseiller les personnes ou entités en charge de la déconstruction d’un bâtiment sur les manières de donner une seconde vie aux matériaux issus de ces chantiers.

Nous intervenons avant les démolisseurs. Nous sommes appelés par les maitres d’ouvrage (propriétaires de bâtiments, communauté de commune ou les sociétés d’aménagement) qui doivent déconstruire, reconstruire ou réhabiliter ces éléments-là. Notre mission est de concevoir des boucles d’ingénierie entre un matériau qui cherche une deuxième vie et un projet qui souhaite être plus vertueux en intégrant des solutions circulaires et bas carbone. Pour cela on a besoin d’inciter les acteurs et de cadrer leur marché. On va les guider vers des solutions de valorisation qu’ils n’ont pas encore forcément l’habitude d’utiliser“, explique Aymeric Meunier, l’un des co-fondateurs de la structure.

Car la revalorisation des matériaux n’est pas encore un réflexe systématique pour les professionnels du bâtiment et les filières ne sont pas toujours bien identifiées. “Nous nous chargeons des éléments où le potentiel de réemploi n’est pas avéré. Les gens ne savent pas trop qu’il est possible de les revaloriser. Ça peut être des faux plafonds, du faux plancher, du parquet, des dalles sur plot (dalles de terrasses), de la moquette” précise l’entrepreneur.

R-Use souhaite d’ailleurs pousser de plus en plus son conseil vers le gros œuvre, mais cela reste encore compliqué en raison des différentes normes et des démarches de tests à effectuer au préalable. Leur première réalisation structurelle est l’ombrière des canaux à Paris réalisée à 95% de bois de réemplois.

un bureau réalisé grâce à des matériaux revalorisés
Projet Chapelle Internationale pour Helios. R-USE avec Ignacio Prego Architectures ont conduit le collectif Re-store pour réaliser du mobilier à partir de portes, anciens tiroirs de bureaux et de tasseaux bois de stand – crédit photo : Clémence Varacca


Le réemploi du verre plat, une innovation émergente

La jeune agence qui compte aujourd’hui 6 collaborateurs – ingénieurs et architectes – a donc à cœur de maximiser le réemploi de manière à ce que le maximum de déchets soit pris en charge. “Notre travail, c’est de trouver les acteurs qui valorisent ces déchets ou qui vont absorber le flux sortant de matériaux d’un chantier pour les valoriser et leur donner une seconde vie. Nous voulons aussi trouver les acteurs qui transforment ces éléments-là pour les reconditionner et les mettre sur un autre projet”.

Il arrive pourtant qu’aucune solution ne réponde aux attentes du projet de déconstruction. “Quand aucune solution n’existe, on cherche à créer cette boucle nous-même. On réalise des prototypes avec des partenaires. Mais le mieux c’est que des acteurs émergent pour que la boucle soit bien fermée” ajoute l’entreprise. Depuis peu, la société est par exemple parvenue à trouver des solutions pour revaloriser les menuiseries extérieures, entre autres le verre plat que l’on retrouve par exemple sur les façades des bâtiments de bureaux.

Pour cela, elle travaille notamment avec des fabricants ou artisans qui se servent du matériau récupéré pour en faire des cloisons vitrées intérieures, là où les performances techniques initiales des menuiseries extérieures ne sont pas forcément indispensables (acoustique, thermique, étanchéité). Elle travaille aussi avec l’entreprise Saint-Gobain sur un processus de recyclage en boucle fermée. “Nous facilitons la démarche du démantèlement des menuiseries pour que St Gobain puisse recycler le verre plat à nouveau pour le bâtiment. Le matériau n’est pas déclassé et nous réduisons de moitié son empreinte carbone” ajoute Aymeric Meunier.

photo R-use revalorisation de matériaux
Projet Wikivillage pour REI / Prototype cloison. R-USE/WAO,  REMAKE crédit photo : Thibault Chedeville


Développer la filière du bois de réemploi

En parallèle, le bureau d’étude avance sur un autre projet de R&D d’une filière de bois de réemploi pour la structure. Il s’agit d’étudier la faisabilité d’un bout à l’autre de la filière, depuis le diagnostic de la structure bois, sa déconstruction adaptée pour le réemploi, la caractérisation mécanique du matériau, la transformation des éléments pour fournir du bois de réemploi aux constructeurs.

R-USE est implantée à Paris et Bordeaux mais rayonne également de manière nationale sur tous types d’opérations de déconstruction/construction, réhabilitations et constructions neuves. C’est en 2017 que Mathieu Paradas et Aymeric Meunier ont co-fondé la société. L’idée est venue des deux associés alors qu’ils travaillaient dans le secteur de l’ingénierie et du bâtiment, Mathieu étant bailleur social et Aymeric ingénieur structure. Tous deux se sont rendu compte de l’impact considérable du secteur d’un point de vue environnemental.

Leur ambition d’œuvrer au profit de l’économie circulaire dans la filière du bâtiment se manifeste également par leur participation au collectif RE-STORE. L’association a pour objectif de rassembler plusieurs corps de métier – architectes, ingénieurs, artisans, designers, makers – afin de mettre en place des solutions de réemploi novatrices et dans une logique éco-responsable.



Visuel d’entrée : Projet Ombrière des canaux pour Les canaux/REI avec WAO Architectures.crédit photo : Aurelien Chen

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