La paille est un excellent isolant des toits et des murs qui convient parfaitement à la construction de bâtiments passifs ou à énergie positive, ainsi qu’à la rénovation de nombreux bâtiments. Une fois compacté, ce matériau biosourcé offre en effet une isolation efficace et économique. Elle conserve la chaleur en hiver et la fraicheur en été. Surtout, elle apporte un meilleur rapport qualité / prix, à performance égale, que tout autre isolant.

Bien préparée et bien posée, la botte de paille est résistante au feu, à l’humidité, aux rongeurs et aux insectes. Elle a en outre fait la preuve de sa durabilité et de son grand confort, générant une excellente qualité d’air intérieur, d’autant plus avec des enduits appropriés. D’un point de vue environnemental, la paille stocke aussi du carbone, ce qui permet de réduire l’empreinte carbone de chaque projet,

Tout en réunissant ces qualités recherchées dans le secteur de la construction bas-carbone, la première qualité de la paille de blé (catégorie la plus utilisée en France) est d’être disponible en très larges quantités sur notre territoire. Et ce en grande majorité en circuit-court. C’est l’un des grands avantages de ce matériau, co-produit de l’agriculture, qui permet aux exploitants agricoles d’obtenir un complément de revenu tout en permettant la construction de bâtiments écoresponsables.

Par ailleurs, le maillage agricole français permet de s’approvisionner facilement en paille près des chantiers. C’est pour cette raison que des structures comme Profibres ou Isol’en Paille travaillent à structurer et sécuriser les filières d’approvisionnement pour permettre à la construction paille de franchir un palier.

bottes de pailles


Trouver de la paille comme on trouve de la laine de verre

Nicolaas Oudhof, qui a créé Isol’ en Paille au sortir de l’Eco-Innovation Factory, un incubateur situé à Nantes, s’est installé dans le Maine-et-Loire pour lancer son activité au croisement des Pays-de-la-Loire, du Centre Val-de-Loire et de la Nouvelle-Aquitaine. “La situation géographique est un super atout. J’ai accès à des ressources en paille proches du réseau d’approvisionnement, pour distribuer toute la France” précise le jeune entrepreneur-formateur, qui se présente comme un “militant pour une filière décarbonée du bâtiment”.

Il a notamment conçu une unité de production dédiée, avec des botteleuses qui adaptent l’isolant paille aux besoins des charpentiers, ses interlocuteurs directs. “Je veux qu’ils puissent trouver de la paille comme on trouve de la laine de verre. C’est ça le pari, sécuriser la filière paille“. Il vient d’ailleurs de recevoir le 1er prix du salon Artibat pour son process innovant, qui va de la fabrication de l’isolant dans son usine à la logistique jusque sur le chantier. En quelques mois à peine d’existence, Isol’ en Paille a répondu aux besoins de trois chantiers, deux maisons individuelles et un chantier public d’extension d’une mairie près de Saumur.

Preuve que le marché est dynamique, une autre entreprise passée par l’incubateur nantais – Profibres – travaille aussi sur un projet de filière d’approvisionnement de la paille, cette fois pour les professionnels du BTP qui travaillent sur de grands ensembles de bâtiments.

90% des approvisionnements sont faits à moins de 50 km de la construction

Luc Floissac “La construction en paille”


La France, leader européen de la construction paille

C’est l’arrivée des botteleuses agricoles au Nébraska en 1886 qui a marqué les débuts de la construction en paille structurelle – quand les bottes structurent la construction et portent la charpente, sans ossature complémentaire.

En France, la construction en 1920 de la maison Feuillette à Montargis (45), avec ossature bois et isolation en paille, a représenté une première mondiale à l’époque. Du nom de son concepteur et constructeur, la maison Feuillette abrite aujourd’hui le Centre National de la Construction Paille (CNCP). Et pour ses cent ans, elle vient d’être inscrite au titre des monuments historiques, reconnaissant ainsi l’intérêt de ce patrimoine pour les générations à venir.

Pourtant, la paille est un matériau qui a pâti d’une perception de fragilité ou de désuétude. Mais elle a commencé à retrouver son attrait à partir des années 1980 en France, avec une explosion du nombre de constructions depuis 3 à 4 ans, en grande majorité pour des bâtiments neufs. À tel point que la France est désormais le leader européen de la construction en paille, et pilote le programme européen Up Straw sur ce sujet.

C’est d’ailleurs en France qu’on trouve le plus haut bâtiment du monde avec une isolation en paille. Il s’agit de la résidence sociale Jules Ferry de Saint Dié-des-Vosges (88), un immeuble de 26 logements, où le chauffage d’un T4 est estimé à 3 euros par mois. Construit sur sept étages, il a coûté 1576 euros hors taxes au m². Bientôt, en Vendée, tout un lycée technique agricole sera isolé grâce à de la paille, ce qui en fait le plus grand chantier européen à utiliser ce matériau.

Du côté industriel, l’usine Aerem a Pujaudran, livrée fin 2018, qui produit de la mécanique pour différents secteurs industriels, est un bâtiment à énergie positive. Construite en caissons de bois remplis de paille, l’usine a gagné le prix Bas Carbone des Green Solutions Awards 2019 en France, et le prix international Bas Carbone. Autant d’exemples de constructions variées qui peuvent dépoussiérer définitivement l’image rurale et vieillotte de la paille comme matériau de construction.


Un matériau de construction qui fédère un réseau professionnel

En 2006, les acteurs français de la filière paille se sont organisés en réseau, le Réseau Français de la Construction Paille (RFCP). Ses membres ont écrit les règles professionnelles de la construction en paille, des règles qui font référence, et qui sont en cours de traduction pour être applicables dans les pays d’Europe.

Pour garantir la performance du matériau, les professionnels de la filière ont développé la formation ProPaille, d’une durée de cinq jours. Une formation appréciée des assureurs, notamment pour la garantie décennale des bâtiments neufs. Tous les acteurs français de la filière se félicitent de la très forte croissance du nombre de bâtiments qui utilisent de la paille comme matériau d’isolation et de construction. Début 2019, le RFCP estimait à plus de 5000 le nombre de bâtiments construits en France avec de la paille, confortés par la sortie de terre d’au moins 500 bâtiments supplémentaires chaque année.

crédit photo ©INRAE/JeanWEBER

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