Le 25 octobre dernier, le rapport “Futurs Énergétiques 2050” publié par RTE est venu remettre le sujet du mix-énergétique français sur le devant de la scène. Très attendu par les pouvoirs publics et les experts du secteur, ce rapport simule les différentes hypothèses permettant à la France d’atteindre la neutralité carbone à l’horizon 2050. Depuis, Emmanuel Macron a décidé de relancer le programme nucléaire français. Pourtant, d’après RTE, fonctionner sans nucléaire grâce aux énergies renouvelables reste une possibilité.

À minima, il faudra de toute façon au moins 50% de renouvelables dans notre mix à l’horizon 2050. Mais cela nécessite, en 25 ans, une augmentation conséquente de nos capacités qui soulève une question : en sommes-nous capables ? Voici quelques éléments de réponse abordés par Jean-Louis Bal, président du SER (Syndicat des Énergies Renouvelables).



Les Horizons : Jean-Louis Bal, comment le SER a t’il accueilli le rapport RTE ?

Jean-Louis Bal : Le premier enseignement que nous tirons de ce rapport, c’est qu’il démontre qu’il est possible de viser la neutralité carbone à l’horizon 2050. Et qu’il est possible d’atteindre la neutralité carbone à un coût tout à fait maîtrisé, voire même à un coût négatif puisque le rapport montre que, quel que soit le scénario retenu, nous allons avoir une augmentation du coût du système électrique plus que compensé par le fait que nous n’importerons plus de combustibles fossiles.

Le deuxième enseignement de ce rapport, c’est que quel que soit le scénario retenu, il faudra au moins 50% d’énergies renouvelables dans le mix électrique de la France en 2050. Et pour atteindre la neutralité carbone, notre production d’électricité va augmenter dans le futur puisque nous allons profiter du fait que notre électricité soit décarbonée pour électrifier un certain nombre d’usages, dont les transports, le bâtiment et l’industrie. Et cette augmentation de notre consommation ne pourra être satisfaite qu’avec un accroissement très rapide des énergies renouvelables.

Aujourd’hui, les renouvelables représentent 25% de la consommation d’électricité en France, dont environ la moitié provient de l’hydroélectricité. Le reste étant assuré par l’éolien et le solaire. Deux sources dont va venir l’accroissement de nos moyens de production d’électricité renouvelable à l’avenir.


Justement, si on prend l’exemple de l’éolien offshore, RTE prévoit une augmentation de nos capacités de production de +22GW à +62 GW en 2050 contre 0 aujourd’hui. Sommes-nous en capacité de répondre à cette augmentation ?

Tout d’abord, nous avons les outils industriels pour le faire. Les premiers parcs éoliens offshore sont en train de sortir de l’eau aujourd’hui. Celui de Saint-Nazaire devrait fonctionner l’année prochaine, et il y a une dynamique enclenchée avec les appels d’offres qui ont eu lieu ou qui sont en cours. Nous avons également 3 usines en France pour fabriquer des équipements pour ces champs éoliens offshore. Et à côté de ça, nous avons aussi un gisement qu’on estime à plus de 50 GW à horizon 2050. Donc la fourchette estimée par RTE nous paraît tout à fait réalisable. 50 GW, ça représente 3% de notre domaine maritime. C’est donc compatible avec les autres usages de la mer, qu’il s’agisse de la pêche ou de la navigation.

Maintenant, il nous semble important d’établir une planification de long-terme qui nous mène jusqu’aux objectifs de 2050. C’est-à-dire une planification qui n’est pas seulement temporelle, mais aussi spatiale, pour savoir où nous allons installer ces nouveaux parcs, de façon à répondre aux interrogations des autres usagers de la mer et aux préoccupations des industriels.

Durant la décennie 2010-2020, nous avons fermé 13 000 MW de centrales électriques fossiles grâce aux énergies renouvelables.


D’un point de vue industriel, justement, la France est suffisamment équipée aujourd’hui ?

Pour l’éolien en mer, nous sommes équipés pour la fabrication des turbines et des pales, mais également les autres grands composants : fondations, sous-stations électriques, etc. Tout ça est fait, ou peut-être fait, en France. Pour l’éolien terrestre, nous n’avons pas de grands fabricants sur le territoire français, mais il y a des fabricants européens. Nous avons en revanche une industrie des composantes : générateurs, multiplicateurs, freins et mats qui fournissent les grands ensembliers. Et dans le solaire, notre industrie a souffert de la concurrence étrangère, notamment chinoise, mais nous avons encore des atouts pour recréer une industrie. Nous avons développé des technologies très performantes pour lesquelles il existe aujourd’hui des projets industriels à condition d’avoir une vraie visibilité sur le marché français.


RTE prévoit dans ses scénarios une multiplication de nos capacités en solaire photovoltaïque, à minima par 7, voire par 22 dans le scénario “tout renouvelables”. Comment réussir ce déploiement ?

La multiplication par 7 en puissance installée, c’est une accélération de facteur 2 à 3 du rythme annuel que l’on connaît aujourd’hui. Donc, c’est quelque chose qui est tout à fait envisageable. Pour aller plus loin, le principal obstacle sera celui de l’accès au foncier. C’est la raison pour laquelle nous travaillons beaucoup avec l’État pour identifier toutes les terres dégradées ou déjà artificialisées qui permettraient de déployer du solaire photovoltaïque.

Il faudra se poser la réflexion, aussi, de l’accès aux terres agricoles, en veillant bien à ne pas pénaliser les agriculteurs mais à leur apporter des revenus complémentaires pour pérenniser leurs installations. Plusieurs pistes peuvent être étudiées, comme l’installation de panneaux photovoltaïques sur les bâtiments agricoles ou les serres, l’utilisation d’ombrières photovoltaïques pour protéger les cultures ou en complément des activités d’élevage.

Les collectivités ont un vrai rôle à jouer pour identifier et libérer du foncier pour permettre le déploiement d’installations photovoltaïques.


Quels sont les facteurs-clés pour parvenir à augmenter nos capacités en énergies renouvelables ?

Il y a le rôle de l’État, dans un premier temps. Nous avons besoin d’un message clair de la part du gouvernement sur l’objectif de réaliser la PPE dans les différentes filières renouvelables, et que ce message soit clairement interprété par les services instructeurs de l’État dans les administrations décentralisées. Il y a aussi le rôle très important des collectivités locales, à tous les niveaux, qui doivent permettre la planification, notamment au niveau des PCAET (Plan Climat Air Énergie) qui sont obligatoires pour les collectivités de plus de 20 000 habitants. D’autant que les collectivités ont un vrai rôle à jouer pour identifier et libérer du foncier pour permettre le déploiement d’installations photovoltaïques.


Il y a beaucoup d’opposition, ces derniers mois, entre le nucléaire et les énergies renouvelables. Qu’en pensez-vous ?

On entend beaucoup de contre vérités qui sont lancées contre les énergies renouvelables, en particulier au sujet de l’éolien, qui consiste à dire que développer des capacités électriques renouvelables ne servirait à rien parce que notre électricité est déjà décarbonée, et que remplacer du nucléaire par de l’éolien ou du solaire, cela n’apporte pas de gain en terme d’émissions de gaz à effet de serre.

Mais les scénarios de RTE démontrent exactement le contraire. Ils démontrent au contraire que nous avons besoin de développer des capacités renouvelables pour que le système électrique reste décarboné. D’ailleurs, c’est ce qui est déjà arrivé par le passé. Durant la décennie 2010-2020, nous avons fermé 13 000 MW de centrales électriques fossiles grâce aux énergies renouvelables. Cela a permis d’éviter 17 millions de tonnes d’émissions de GES par an., 5 millions sur le système électrique français, et le reste sur le système électrique européen, puisque nous exportons beaucoup d’électricité.


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