trois poules dans un jardin
Agriculture et Alimentation

Bien-être animal et transparence : l’exemple Poulehouse- 6 minutes de lecture

La start up Poulehouse associe transparence et bien-être animal afin de proposer aux consommateurs des oeufs de qualité… avec un message que l’on oublie parfois : l’oeuf et la poule sont des alliés de poids en ce qui concerne la nutrition et l’environnement.


On aurait pu choisir de mettre en avant l’une de ces start up qui réinventent la viande. Et cela viendra bien assez vite. L’élevage et la demande en protéines animales sont en effet responsable d’une forte empreinte carbone. Si forte que devenir végétarien est souvent mis en avant comme LA solution pour répondre à l’enjeu climatique. Alors, puisqu’il faut réduire l’élevage mais qu’il faut continuer de nourrir le monde, on vous parlera bientôt de la viande de laboratoire, c’est promis !

On aurait pu aussi vous ré-expliquer que l’avenir de notre alimentation se trouve dans la quête de ce qu’on appelle les protéines alternatives, l‘une des grandes tendances de la foodtech. Des protéines végétales évidemment, (mais attention, la culture du soja est aussi responsable de la déforestation, par exemple). Alors, on aurait surtout parlé du potentiel énorme des algues ou encore de ces start-up qui veulent vous faire aimer les insectes.

Mais pour cette fois, afin de présenter une solution qui permet de nourrir le monde, tout en préservant l’environnement et tout en préservant la biodiversité, on a choisi de se concentrer sur un aliment dont on oublie trop vite et trop rapidement les bienfaits. Et d’un animal dont on oublie trop vite et trop rapidement l’importance. Et on vous pose la question : si notre principal allié écologique, c’était finalement la poule ?

une poule et ses poussins


L’oeuf, c’est bon pour l’environnement et pour la santé

L’un des grands enjeux de notre civilisation se pose en terme de scalabilité : comment nourrir toujours plus de personnes avec toujours moins de terres agricoles disponibles ; tout en réduisant la consommation en eau et en réduisant nos émissions de CO2 ? En ligne de mire, la question des protéines animales et de l’élevage.

Notamment parce que la nourriture animale rentre parfois en concurrence avec notre propre alimentation. Ainsi, d’immenses cultures de soja, au Brésil, participent à la déforestation et ne servent qu’à nourrir des animaux d’élevage, par exemple. Ainsi de plus en plus de rapports d’experts et de scientifiques pointent du doigt l’élevage intensif et recommandent, pour nourrir la planète, de nous orienter davantage vers des protéines alternatives : protéines végétales, insectes et algues, viande in vitro. Les possibilités sont nombreuses.

Il en est une, cependant, qu’on a tendance à oublier, c’est l’oeuf. D’un point de vue nutritif, l’oeuf est un produit diététique parfait. D’autant qu’il s’agit d’un aliment historique dans notre patrimoine culinaire. Pas besoin de s’y habituer. D’un point de vue environnemental, la poule est ensuite un allié de poids. Une poule peut ingurgiter, par exemple, jusqu’à 75 kilos de déchets organiques par an. Ses fientes servent d’engrais pour fertiliser les sols. Elle peut même protéger les vergers et les vignes en éloignant certains prédateurs comme le frelon asiatique. L’élevage de poule est aussi peu consommateur en eau.

En fait, le seul inconvénient, c’est qu’aujourd’hui, les conditions d’élevage des poules sont critiquables. Il a quand même fallu créer une catégorie pour différencier les poules élevées en plein air des autres, par exemple, ce qui est absurde. Mais les conditions d’abattage sont aussi pointées du doigt. On hésite pas à tuer des poules qui sont encore productives au prétexte qu’elles ne le sont juste plus assez. C’est terrifiant. Pas plus cependant que les conditions de vie et de mort des bovins. Et puisqu’on abordait les nouvelles protéines : quand on tue un boeuf, on récupère une tonne de viande. Mais combien d’insectes faut-il tuer pour obtenir la même quantité de protéines ?

Et plus globalement, la vraie question, c’est : peut-on nourrir la planète tout en respectant la biodiversité ? En ce qui concerne les poules, elles sont généralement tuées à l’âge de 18 mois (même dans les élevages bio) alors qu’elles peuvent vivre entre 6 et 10 ans. D’où l’idée pour la start-up Poulehouse de “sauver” certaines poules de l’abattoir et de proposer leurs oeufs à la vente. Plus cher, certes, mais en prouvant qu’il est possible de nourrir la planète tout en respectant les animaux.

poule abbattoir


Poulehouse, un exemple de solution pour préserver la biodiversité ?

Cette semaine, la start-up Poulehouse lançait une nouvelle gamme d’oeufs, de code 1 (c’est à dire élevées en plein air), vendu 3,99€ la boîte. Depuis sa création, cette entreprise a sauvé plus de 30 000 poules de l’abattoir et les héberge dans une “maison de retraite” où elles peuvent continuer de produire des oeufs, naturellement, à leur propre rythme. Leurs oeufs sont vendus plus chers, environ 150% plus cher que la moyenne du marché. Mais ce sont des oeufs qui respectent l’animal. Et qui séduisent les consommateurs.

Depuis sa création, Poulehouse a aussi vendu près de 3 millions d’oeufs qui sont distribués dans plus de 700 magasins. La marque qui s’est rapprochée des enseignes spécialisées, à l’instar du réseau Biocoop, travaille aussi avec la grande distribution, notamment Carrefour. Elle espère vendre ses oeufs dans 3 000 points de vente d’ici la fin de l’année et souhaite atteindre la barre symbolique des 100 000 poules sauvées de l’abattoir très prochainement. Pour réussir là où tout le monde leur prédisait l’échec, Fabien Sauleman et ses équipes misent sur une philosophie, le bien-être animal, et sur une méthode : la transparence.

Ils sont ainsi équipé leur site de webcam pour permettre aux consommateurs de voir les conditions réelles d’élevage de leurs poules. Bientôt, grâce à la blockchain, la start up espère pouvoir préciser quelles poules sont responsables des oeufs achetés. Elle souhaite aussi armer davantage les consommateurs sur leur rapport au bien-être animal. Elle souhaite notamment que soit rendue publique les informations sur la méthode de production des oeufs sur les emballages de produits dérivés à base d’oeufs (crêpes, gâteaux, etc.)

Il s’agit d’un exemple d’entreprise qui prouve qu’il est possible de nourrir la planète tout en prenant soin de la biodiversité. Il faut pour cela être capable d’inventer de nouveaux modes de production et de réfléchir à des modèles économiques différents. Mais cet exemple prouve aussi que les consommateurs sont prêts et réceptifs à ces possibilités. Ce modèle est-il réplicable à d’autres élevages ? à d’autres échelles ? Cela reste à approfondir mais une chose est sûre : c’est une belle étape de franchie !


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Guillaume Joly. @guitjoly

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