l'aviation émet beaucoup de CO2
Transports

Quelles solutions pour réduire l’empreinte carbone de l’aviation ?

Comment les aéroports et industriels du secteur de l’aviation peuvent réduire les émissions de CO2 du secteur alors qu’on devrait atteindre presque 8 milliards de passagers par an d’ici 2036 ?


Nous sommes au mois d’octobre 2016. L’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI) devient le premier secteur industriel à s’engager pour le climat par un accord officiel. Réunie lors de son sommet mondial, elle vient de se fixer comme objectif un gel des émissions carbone dans les vingt prochaines années. Un an plus tôt, la COP21 avait permis l’accord de Paris sur le climat. Un accord pour réduire les émissions de gaz à effet de serre afin d’endiguer les effets du réchauffement climatique. Bizarrement, le secteur du transport aérien n’était pas inclus dans cet accord. Un an après, le mal est réparé.

L’OACI se fixe donc elle-même un objectif ambitieux. Et pour y arriver, elle instaure un mécanisme mondial de compensation des émissions carbone de l’aviation internationale. La compensation des GES (gaz à effet de serre) n’a cependant pas le même impact que la réduction des GES. Pour le moment, il s’agit de financer des projets à impact positif qui permettent de réduire l’équivalent des émissions carbone produites par l’aviation. Le secteur du transport aérien se doit d’aller beaucoup plus loin que ce mécanisme financier.

En effet, sa responsabilité vis à vis de la crise climatique est importante. Le nombre total de passagers devrait doubler d’ici 2036 pour atteindre 7,8 milliards par an. Le tout alors que les émissions de CO2 du secteur aérien représentent actuellement près de 2% des émissions globales. De plus, l’accord de l’OACI ne concerne que l’aviation internationale alors que 40 % des émissions du secteur du transport aérien émanent des vols intérieurs. Il est donc urgent de trouver des solutions pour permettre une aviation durable. Un changement déjà amorcé dans de nombreux aéroports français.

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l'aeroport de newark
Optimisation des flux, propulsion hydrogène, énergies renouvelables : l’aviation cherche à réduire son empreinte carbone

Intégrer les énergies renouvelables au fonctionnement des aéroports

Les problématiques du secteur de l’aviation sont très large, comme dans de nombreux secteurs industriels. Ils vont concerner la production, l’exploitation et le recyclage, par exemple. L’une des priorités reste cependant l’énergie. Comment faire pour intégrer davantage d’énergies vertes dans l’activité aéronautique ?

L’énergie regroupe plusieurs problématiques : le chauffage et l’éclairage des aéroports jusqu’aux carburants utilisés par les avions. En France, ADP (Aéroports de Paris) s’était fixé comme objectif d’atteindre 15% d’énergies renouvelables d’ici 2020 pour ses infrastructures. Un objectif réalisé plus tôt que prévu. Il a atteint 15,8% cette année. Comment ? Principalement grâce à l’utilisation de pompes à chaleur, mais aussi par le développement de la biomasse comme source d’énergie. Le groupe développe également le photovoltaïque et la géothermie pour verdir son mix-énergétique. ADP souhaite désormais atteindre la neutralité carbone dès 2030 pour les trois aéroports du Bourget, de Roissy et d’Orly.

Plus au Sud, l’aéroport de Toulouse-Blagnac est également très engagé dans des solutions pour réduire sa consommation d’énergie. Par exemple, les différentes infrastructures de l’aéroport sont désormais dotées de capteurs. Ces capteurs relèvent des données en temps réel pour adapter le chauffage et l’éclairage aux besoins des utilisateurs. Résultat : la facture énergétique annuelle de l’aéroport a baissé de 15%.

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les aéroports réduisent leur consommation d'énergie
Les aéroports français cherchent à réduire leur consommation d’énergie.

Hydrogène et optimisation des flux

Réduire la consommation d’électricité et de chauffage des aéroports est une première étape pour verdir le secteur de l’aviation. Le saint-Graal du secteur reste pourtant la consommation de carburant des avions. À ce sujet, les solutions ne sont pour le moment pas encore optimales. L’une de celles qui présentent les meilleures perspectives, c’est l’hydrogène.

Utiliser l’hydrogène comme moyen de propulsion est une idée qui fait son chemin depuis quelques années. Cela fonctionne pour tout type de transport : voiture, bateau et avion. Une solution qui attire, à l’image des aéroports du sud de la France. En effet, les aéroports de Toulouse-Blagnac et de Tarbes en sont déjà équipés. L’aéroport de Perpignan pourrait être le troisième a intégrer cette solution. Pour le moment, l’hydrogène n’y est utilisé que pour assurer le fonctionnement des navettes, des voitures, bus et taxis. Mais à terme, le projet vise à alimenter également des avions grâce à des piles à combustible.

Autre sujet, c’est de réduire la consommation par une optimisation du trafic et des flux. L’un des géants de l’aéronautique, Sita Aero, travaille par exemple sur des projets visant à améliorer la fluidité du trafic passager. L’un d’eux mobilise de l’intelligence artificielle pour anticiper l’heure d’arrivée des vols et adapter la mobilisation des services sur les infrastructures. Ce système permet d’éviter la congestion sur les pistes, mais aussi dans les aérogares.

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les aéroports abritent la biodiversité
Près de 2 130 espèces végétales et animales ont été recensées dans les aéroports français

Les aéroports abritent la biodiversité

Bien que les emprises aéroportuaires soient considérées comme des zones industrielles, elles sont constituées en moyenne de plus de 75% d’espaces verts. Les aéroports abritent ainsi de nombreux habitats et espèces ordinaires ou remarquables. A l’instar des zones dédiées aux activités spatiales, elles sont ainsi de véritables sanctuaires pour la biodiversité.

En effet, dans les aéroports, de nombreuses zones sont closes et protégées des actions humaines. Cela pour des raisons de sécurité. La nature y est ainsi souvent préservée, et pour une grande part mise à l’abri du développement urbain. En France, la compagnie HOP! a crée une association pour évaluer et valoriser la biodiversité des aéroports. L’objectif du projet étant d’identifier les bonnes pratiques et de faire le lien entre les acteurs de l’aérien pour promouvoir ainsi une gestion des espaces respectueuse de la biodiversité. Une activité sous le contrôle d’un Comité scientifique indépendant, composé de chercheurs polyvalents (Muséum national d’Histoire naturelle, CNRS, conservatoires).

L’association a pour le moment recensé près de 2 130 espèces végétales et animales depuis 2015. Elle a également permis l’observation régulière de plus de 200 espèces d’oiseaux (entre 62 et 91 par aéroport) et une cinquantaine de mammifères en comptant les chauves-souris.


Guillaume Joly. @guitjoly

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