En France, l’année 2022 a été l’année la plus chaude jamais enregistrée depuis le début du 20ème siècle, suivant une tendance qui a débuté en 2015, année de la conclusion de l’Accord de Paris, et qui touche le monde entier. Ainsi, d’après le rapport annuel du programme Copernicus sur le changement climatique, publié ce 10 janvier 2023, les huit dernières années (2015-2022) ont été les huit années les plus chaudes jamais enregistrées dans le monde.

Or, avec le réchauffement climatique, les experts du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) estiment qu’en Europe du Sud, la surface brûlée chaque année par des incendies et feux de forêts pourrait être multipliée par un facteur compris entre 3 et 5 par rapport à la surface actuelle. Une augmentation déjà visible en France ces dernières années avec plus de 72000 hectares d’espaces naturels dévastés en 2022 ; un record devant l’année 2019 (43 600 hectares brûlés) et l’année 2021 (30 600 hectares).

Sur cette même période, quatre feux de forêt se sont approchés à moins d’un kilomètre d’une installation classée Seveso. Cela a été le cas à Ajaccio le 26 juin 2015, à Fos-sur-Mer le 10 août 2016, à Carros le 25 juillet 2017 et enfin à Martigues le 4 août 2020. Les sites « Seveso » sont des sites industriels qui utilisent ou stockent des matières dangereuses. Il s’agit d’une dénomination européenne qui permet d’identifier les sites industriels présentant des risques d’accidents majeurs afin d’y maintenir un « haut niveau de prévention ».

Mais ce niveau de prévention prend-il suffisamment en compte le risque climatique ? D’après une étude réalisée en 2022 par la startup Callendar, spécialisée dans l’étude des risques climatiques, il existe en France 316 sites industriels de type Seveso qui présentent un risque d’incendie en raison de leur proximité avec une forêt.

incendie forêt de pins


Un risque qui progresse dans l’Ouest et le Nord de la France

En France métropolitaine, 1247 sites industriels sont classés Seveso. D’après l’étude réalisée par Callendar, cela signifie que 25.3% du total serait donc situé dans une zone à risque pour les incendies. Par ailleurs, sur les 316 sites à risque, on en dénombre 187 qui sont des sites industriels classés Seveso « seuil haut », soit 28% du total de ces sites considérés comme les plus dangereux.

Pour en arriver à ces conclusions, l’auteur de l’étude a estimé qu’un site est exposé à un risque de feu de forêt si les couverts inflammables (forêt, végétation arbustive, maquis…) « représentent au moins 10% de la surface à la fois dans un rayon de 5 kilomètres et dans un rayon de 1 kilomètre ». Une condition qu’on retrouve dans tous les incendies s’étant déclarés à proximité de ces sites industriels depuis le début des années 2000.

Cette condition géographique a ensuite été mise en perspective avec ce qu’on appelle « l’indice Forêt Météo (IFM) », un indicateur permettant d’évaluer le risque d’incendie en fonction de différents critères : la température, des précipitations, de l’humidité de l’air et du vent, lui-même passé au crible des projections climatiques du Giec. Ainsi, dans un scénario d’émissions modéré (scenario RCP4.5 du GIEC), ce sont 75% des installations Seveso qui seront exposées à un risque d’incendie élevé plus de 10 jours par an en moyenne en 2050. On dénombre également 62 installations qui seront exposées à ce risque plus de 30 jours par an.

Sans surprise, l’étude réalisée par Callendar met en avant que les installations les plus exposées se situent dans le quart Sud-Est du pays, en particulier en Provence et dans la vallée du Rhône. Ainsi, toujours dans un scénario d’émissions modéré, les installations Seveso situées dans le Var, devraient être exposées à un risque d’incendie élevé 115 jours par an en moyenne en 2050. Soit un tiers de l’année. Ce risque augmente également dans le sud-ouest du pays. En Aveyron, par exemple, la durée des périodes à risque élevé d’incendie devrait augmenter de 70%, passant de 20 jours par an en moyenne en 2000 à 34 jours en 2050. Le risque augmente aussi globalement dans le Nord du pays, en région parisienne ainsi que dans le Grand Est.

Trois ans après l’incendie de l’usine chimique de Lubrizol à Rouen et quelques jours après l’incendie – toujours près de Rouen – d’une usine du groupe Bolloré abritant 12 000 batteries au lithium, cette étude vient évidemment rappeler la vulnérabilité des sites industriels et appelle à un sursaut pour prévenir ce type d’accident dans le futur. Elle pose notamment la question de l’anticipation des risques climatiques et de l’implantation des futurs sites Seveso sur le territoire. Enfin, elle va dans le sens des annonces faites en fin d’année par le Président de la République pour un renforcement des actions pour prévenir les feux de forêts.

Des solutions pour faire face aux feux de forêts

Détaillées le 28 octobre par le Président de la République, de nouvelles mesures pour lutter contre le changement climatique devraient être entérinées dans les mois à venir.

Elles concernent un renforcement des actions de sensibilisation auprès du grand public sur les gestes à éviter ; mais aussi une optimisation des obligations légales de débroussaillement et l’étude de nouveaux modèles d’entretien des forêts privées et publiques.

Un renforcement des moyens humains et matériels est également à l’étude. Dans une interview au journal Libération, Grégory Allione, ex-président de la fédération nationale des sapeurs-pompiers de France estime par exemple qu’il faudrait « augmenter nos moyens humains d’à minima 10%. Soit arriver à 250 000 volontaires, contre les 198 000 actuels, et à 50 000 sapeurs-pompiers professionnels, contre 41 800 aujourd’hui ». En parallèle, le Gouvernement a déjà prévu le renouvellement et l’augmentation de la flotte de Canadairs et la création de centres de première intervention à proximité des massifs les plus exposés au risque d’incendies.

En outre, il existe un panel de solutions issues de la technologie qui pourraient être testées dans les prochaines années pour compléter l’action des soldats du feu. Cela comprend l’usage de drones autonomes, de systèmes de détection des incendies par imagerie satellite ou encore de signalements de départ de feux en temps réel grâce à des dispositifs d’intelligence artificielle.

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