D’après le Ministère de la Transition Écologique, environ 342 millions de tonnes de déchets ont été produites en France en 2018, dont près de 46 millions proviennent du secteur du BTP. Perçus comme un cumul de contraintes, la prise en charge et le tri des déchets issus de chantiers sont des étapes souvent négligées.

En effet, rien qu’en 2019 l’ADEME dénombrait encore plus de 850 décharges sauvages illégales sur le territoire. Ces dernières représentent non seulement un fléau écologique, de santé publique, mais également un poids économique estimé entre 350 et 420 millions d’euros chaque année pour les communes – en termes d’enlèvement et de nettoyage. Afin de faciliter la mise en place d’un écosystème vertueux, la revalorisation de ces déchets doit donc être envisagée comme un gisement potentiel de matières premières à (re)valoriser.

Avec déjà plus de 100 000 tonnes de déchets collectées – revalorisées à 87% – à leur compteur, Les Ripeurs se sont engagés sur ce créneau, en faveur d’un meilleur accompagnement en termes de gestion des déchets et d’une véritable sensibilisation au tri.


Une interface unique pour optimiser la gestion des déchets issus du bâtiment

Localisée à Pantin, la startup Les Ripeurs se charge de la collecte et de la revalorisation des déchets du bâtiment en Île-de-France. Co-fondée en 2017 par Romain Icol et Quentin Limbourg, elle cherche précisément à faciliter la gestion des déchets, pour une revalorisation maximale de ces derniers et l’évitement des décharges sauvages. Pour cela, Les Ripeurs proposent une « interface unique de gestion des déchets qui permet un accompagnement global », avec la mise en place de « moyens logistiques pouvant s’adapter à toutes typologies de chantier, à tout type de contrainte, à tout type de déchets et qui vont les collecter, récupérer directement sur le chantier que ce soit dans la rue, dans une cour ou même à l’étage » nous expliquent les fondateurs.

D’après leur expérience, le tri des déchets dans le BTP est une logistique complexe et est souvent considéré comme un temps supplémentaire au chantier. A cela s’ajoute le fait qu’il est difficile pour les professionnels de percevoir l’impact positif sur l’environnement. C’est pourquoi, dans une logique d’incitation, la startup a mis en place une grille tarifaire dégressive, qui œuvre pour une sensibilisation par le prix : en effet la logique est « plus les déchets sont triés, moins le client paye ». Aussi, l’interface des Ripeurs permet au client de renseigner directement son déchet et d’obtenir une estimation immédiate sur sa collecte en fonction de sa revalorisation future.



L’interface des Ripeurs centralise tous les aspects logistiques, la partie administrative, bénéficie d’un réseau de déchetteries professionnelles partenaires et favorise la dynamique d’économie circulaire au sein de la filière. Pour une meilleure vue d’ensemble, un tableau de bord est également accessible dans les statistiques du client de manière à notifier toutes les collectes qui ont été réalisées et le pourcentage de revalorisation par type de déchets. En effet, face au faible taux national de revalorisation des déchets, ce volet sensibilisation des clients au tri est essentiel pour la startup affirme Anaïs Cateni-Caudéran, Responsable communication des Ripeurs.

Dossier de la Rédaction : Quels matériaux pour les bâtiments de demain ?


Encourager le réemploi et la réutilisation des matériaux de construction

Un panel de prestations adaptées aux contraintes des chantiers, allant de l’évacuation des sacs à gravats et déchets en vrac, à celle des déchets industriels dangereux, est proposé par l’entreprise. La collecte constitue une « vraie motivation pour nos artisans qui ont besoin de quelqu’un qui intervienne vite » et passe par un accompagnement personnalisé et spécifique au client. En effet, Anaïs Cateni-Caudéran assure que les clients « vont généralement passer une première commande seuls sur l’interface, mais seront par la suite recontactés en direct afin de personnaliser et d’optimiser les prochaines commandes ». Par ailleurs, un suivi des déchets est rendu possible grâce à la traçabilité numérique de ces derniers sur l’espace client dédié.

S’adressant prioritairement à tous les professionnels du bâtiment – soit les plus gros producteurs de déchets de l’Hexagone –, les Ripeurs travaillent ainsi aussi bien avec les artisans en direct qu’avec le tissu de PME, et propose ses services payants aux professionnels. L’entreprise lutte également contre les décharges sauvages qui sont généralement le fait des particuliers (à hauteur de 75%).

Actuellement, le taux moyen de revalorisation des déchets affiché par l’entreprise est de 87%. Sachant que le secteur du bâtiment tourne autour de 50%, le modèle proposé semble faire ses preuves. C’est pourquoi la start up ambitionne de dupliquer son modèle en dehors de l’Ile de France, afin de ne pas juste « rester une initiative locale mais bien de mailler le territoire national, puis international ». Cette ambition s’illustre notamment par l’ouverture récente d’une antenne à Lille. En outre, les Ripeurs s’affirment comme une entreprise engagée socialement. En plein développement pour devenir une entreprise à insertion par activité économique, elle travaille déjà « main dans la main avec des associations pour notamment recruter des chauffeurs, des manutentionnaires qui sont éloignés de l’emploi ».

A plus long terme, le « développement de toute la partie réemploi et réutilisation en vue de créer des filières » est en ligne de mire des objectifs de l’entreprise, qui est convaincue que les matériaux de construction ne doivent pas être appréhendés comme de simples déchets mais bien comme des ressources.

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