Cela fait désormais 20 ans que l’ADEME met en place régulièrement des mesures des représentations sociales du changement climatique. Un baromètre intéressant pour mesurer et comparer dans le temps la compréhension des enjeux climatiques par la population mais aussi voir émerger des tendances. La publication cette année du 21ème rapport vient confirmer ce que de nombreux sondages et études d’opinions ont déjà montré ces derniers mois, à savoir que la crise climatique est en tête des principales préoccupations des français.es.

Sans surprise, l’environnement se glisse ainsi en seconde position dans ces préoccupations derrière l’emploi et devant des sujets comme la hausse des prix, la lutte contre les inégalités, la sécurité ou encore l’immigration. L’étude confirme également quelques disparités d’âges. Par exemple, pour les 15-24 ans, l’environnement est la première préoccupation à égalité avec l’emploi. En outre, parmi les différentes problématiques liées au climat, cette étude révèle que l’effet de serre et le changement climatique sont en pôle position devant la dégradation de la faune et de la flore, la pollution de l’air, la pollution de l’eau et la gestion des déchets.


Les français confiants dans la parole des scientifiques

Toujours d’après ces résultats, on estime que 70% des français considèrent que les scientifiques qui évaluent les évolutions du climat évaluent correctement les risques du changement climatique. Ils sont néanmoins 30% à considérer que les scientifiques exagèrent ces risques.

Fait intéressant, 62% des sondés pensent que les désordres du climat (inondations, tempêtes, sécheresses) sont causés par l’effet de serre. Un chiffre qui a doublé depuis 2001 (ils étaient 32%) et qui démontre que l’effort de pédagogie et de vulgarisation entrepris sur ces sujets ces 20 dernières années est largement payant. Autre sujet de satisfaction en ce qui concerne la compréhension des enjeux climatiques par la population : 80% des français.es considèrent que le réchauffement climatique est causé par les activités humaines. Il y a 10 ans, ils n’étaient que 65% à le soutenir.

Autre point, la part des français.es qui pense n’avoir jamais subi les conséquences d’un désordre climatique a été divisée par deux en 6 ans (passé de 30% en 2014 à 15% aujourd’hui). Alors que le film #DontLookUp – satire de nos comportements face au changement climatique – a connu un succès retentissant en ce début d’année 2022, ce baromètre démontre bien que les français.es sont de moins en moins sceptiques vis-à-vis du changement climatique.

Néanmoins, il existe une forte disparité entre générations sur ce point. Sans surprise, ce sont les 66 ans et + qui présentent le plus fort taux de sceptiques vis-à-vis de la crise climatique, mais c’est la part de la population jugée “hésitante” par l’ADEME qui est la plus étonnante, dominée par les 18-34 ans. Les 25-34 représentent la tranche d’âge la moins convaincue.

graphique représentations sociales changement climatique France 1
source : Ademe


Le changement climatique : une opportunité pour 56% des français.es

On rappelle que les 3 secteurs les plus émetteurs de gaz à effet de serre en France sont les transports, le BTP, l’alimentation puis l’industrie (source : Haut Conseil pour le Climat). Une réalité qui est de plus en plus présente dans l’esprit de la population, pour qui les activités industrielles restent la première source de pollution, suivie par la production d’énergie fossile, les transports, la déforestation et le bâtiment. Cependant, ils sont 72% à penser que l’agriculture est un secteur qui émet beaucoup de gaz à effet de serre. Un chiffre qui était de 33% en 2000. On constate également une augmentation similaire dans le secteur du bâtiment (86% aujourd’hui contre 39% en 2000), ce qui tend à prouver que ces notions sont également mieux intégrées.

graphique représentations sociales changement climatique France 2
Source : Ademe

Sur les solutions à mettre en oeuvre pour lutter contre le réchauffement climatique, si l’on compare les réponses, il est intéressant de noter qu’en 15 ans (période 2006-2020) la proportion des français confiants dans la capacité des États à règlementer au niveau mondial le changement climatique est passé de 25% à 16%. Un sentiment partagé récemment par de nombreux observateurs à la suite de la COP26 en demi-teinte qui s’est tenue à Glasgow fin 2021.

Concrètement, les français.es sont 59% à penser qu’il faudra modifier de façon importante nos comportements pour résoudre le problème du climat ; et 14% à penser que le progrès technique seul sera suffisant pour nous permettre de trouver des solutions. En revanche, lorsqu’on présente des solutions ayant des conséquences directes au niveau individuel, le niveau d’acceptation par les français.es est très en deçà de mesures qui n’engagent à rien sur le plan individuel. La population est ainsi globalement très favorable à la lutte contre le gaspillage alimentaire mais sera beaucoup moins emballé par l’abandon de la maison individuelle au profit d’immeubles.

Sur le plan de l’avenir, on note enfin qu’une majorité des français.es (ils sont 57%) pense qu’il faut réorienter en profondeur notre économie en soutenant les activités qui préservent l’environnement, la santé et la cohésion sociale contre 43% qui pensent qu’il faut relancer l’économie par tout moyen disponible. Ici on rencontre aussi des disparités importantes. Par exemple, 77% des plus jeunes (15-17 ans) donnent la priorité aux activités préservant l’environnement – c’est-à-dire préservant leur futur. C’est évidemment la part des 66 ans et plus qui privilégie la relance “quoi qu’il en coûte”. Enfin, on note qu’une majorité des français.es (56%) pense que le changement climatique est vecteur d’opportunités. C’est d’autant plus le cas, encore une fois, chez les jeunes : le changement climatique est ainsi considéré comme une opportunité par 71% des 25-34 ans.

Pour en savoir plus, les résultats du baromètre de l’ADEME sont accessibles ici