Il existe en France deux grands réseaux d’énergie. Celui de l’électricité et celui du gaz. Les infrastructures de gaz ont été construites pour assurer le transport de gaz naturel provenant de l’étranger, par le biais de quelques points d’entrée sur le territoire (interconnexions avec les pays voisins et terminaux méthaniers). Le gaz est acheminé à travers un réseau descendant et centralisé. 

“Avec plus de 200 000km de réseau, nous avons en France un réseau de transport et de distribution parmi les plus performants d’Europe, aussi bien dans sa conception que dans son entretien” résume ainsi Guillaume Paternostre, en charge des projets biométhane en Loire Atlantique pour GRDF. Mais la belle organisation du réseau français est quelque peu chamboulée avec le récent développement du biométhane “on est face à de multiples points d’entrées de gaz vert produit localement un peu partout sur le territoire. On passe du descendant à l’interconnexion”. Le réseau doit donc s’adapter à cette nouvelle production issue des territoires.


Un réseau performant mais centralisé

La production de gaz vert issu de la méthanisation se développe en France depuis 2011, date de la mise en service de la première unité de méthanisation reliée au réseau. Depuis, 480 unités de méthanisation ont été lancées en France – dont 402 reliés au réseau GRDF – pour une capacité totale installée de 8,5 TWh/an, avec un doublement du nombre de sites raccordés aux réseaux gazier français en 2020 et 2021.

La question de l’acheminement de ce gaz produit localement dans les zones de consommation via le réseau actuel se pose donc de manière concrète depuis quelques années. Et doit répondre à deux contraintes majeures. Tout d’abord la contrainte de pression, afin de faire en sorte que le biométhane puisse remonter en amont du réseau via les infrastructures en place – construites sur un schéma descendant qui ne permet pas à la base de faire du décentralisé.

Ainsi que la contrainte d’une ponctuelle surproduction. “La méthanisation a une production constante sur l’année, alors que la consommation de gaz elle, fluctue” explique Claire Desforges, responsable des gaz renouvelables chez Territoire d’Energie Atlantique (ex-Sydela, le Syndicat d’Energie de Loire-Atlantique). Si un excédent de gaz est constaté sur les périodes de basses consommations comme l’été ou les week end, il ne trouve pas de consommateurs en local. Le biométhane doit alors être acheminé plus loin afin d’être consommé par d’autres utilisateurs.”

Vidéo pédagogique de Territoire d’Energie Loire Atlantique sur les réseaux de gaz


Les techniques d’adaptation du réseau

Deux techniques d’adaptation sont donc mises en place par les gestionnaires de réseau pour agrandir la zone de consommation afin que ces nouveaux points d’entrée puissent injecter de manière constante toute l’année. 

La première est celle du maillage. L’idée est de faire bénéficier du possible surplus de production aux territoires voisins par un système de maillage entre zones de même pression. On construit alors de nouveaux réseaux pour relier des communes entre elles.

“On casse la pyramide descendante historique en interconnectant les zones de consommation entre elles, précise Claire Desforges. On parle d’évolution des réseaux de gaz. Ainsi pendant les périodes de basse consommation, le biométhane produit pourra être acheminé vers d’autres consommateurs voisins.”

La seconde est celle du rebours. Le principe est de partir du réseau de distribution et de remonter vers le réseau de transport qui est lui en amont et à plus haute pression. Le gaz est alors comprimé par la technique du rebours, sa pression est remontée pour qu’il puisse être acheminé sur ce qu’on appelle “les autoroutes du gaz”, et être envoyé plus loin sur le territoire.

“Les travaux d’adaptation sont décidés en fonction de la typologie du réseau détaille Guillaume. Par exemple, pour une petite zone de consommation éloignée de tout, on partira sur un rebours. En revanche, aux alentours d’une grosse zone potentielle de consommation comme une industrie ou une métropole, on choisira un maillage”.

La méthanisation étant relativement jeune en France, nous sommes donc au début de ces nouvelles installations d’adaptation des réseaux de gaz. On compte par exemple un rebours installé en Pays de la Loire, pour deux maillages. Le dernier vient tout juste d’être inauguré entre la commune de Mésanger dans le 44 et la métropole nantaise. C’est le plus grand de l’ouest et le 2ème plus important au niveau national. Le surplus de gaz vert arrive à présent jusqu’à Nantes, qui en recevra notamment sur la période estivale. 

inauguration réseau gaz mesanger
L’inauguration du nouveau réseau de gaz vert qui relie Mésanger à Carquefou, le jeudi 10 novembre 2022


Un cadre réglementaire précis

Afin d’organiser l’injection de biométhane dans les réseaux, et notamment les coûts d’adaptation, un cadre réglementaire a été créé : le droit à l’injection, décret porté dans la loi EGalim de 2018. Ce droit vise à favoriser le développement du biométhane dans un cadre technico économique défini, et d’en maîtriser les coûts pour la collectivité.

Concrètement comment ca marche ? En France, les réseaux de transport appartiennent à GRTgaz, et les réseaux de distribution appartiennent aux communes. La compétence des réseaux de distribution peut être déléguée à un syndicat d’énergie, qui agit pour le compte des communes en tant qu’AODE (Autorité Organisatrice de la Distribution d’Énergie). Le syndicat peut ensuite déléguer la concession à un acteur comme GRDF.

Dans le cadre d’une demande d’adaptation par maillage ou rebours, c’est la CRE (Commission de Régulation de l’Énergie) qui supervise les dossiers. Le calcul est simple. Il faut diviser les coûts d’investissement dans le renforcement des réseaux par le volume de méthanisation potentielle. Lorsque le ratio est jugé acceptable par la CRE, les gestionnaires de réseaux peuvent intervenir.

Pour la région Grand Ouest (Bretagne, Pays de la Loire et Centre Val de Loire), 525 km de réseaux de maillage ont d’ores et déjà été validés par la CRE pour environ 60M€ d’investissement, et 17 rebours sont également soit en service, en réalisation, ou à l’étude, ce qui correspond à un investissement de 46M€.


L’importance du dialogue territorial 

En parallèle de la validation par la CRE, l’AODE et les gestionnaires ont pour mission d’aller rencontrer les communes et les départements concernés pour expliquer les futurs travaux, obtenir leur adhésion, et que la phase de réalisation soit faite en bonne intelligence avec les acteurs locaux. “Certaines des communes concernées par les travaux d’adaptation ne sont pas desservies en gaz. Nous devons leur faire comprendre que ces travaux sont nécessaires pour œuvrer à la transition écologique par l’injection de gaz vert produit localement” d’après Claire.

Des dispositifs d’information ont été produits par les gestionnaires, comme des des kits de communication contenant des supports vidéos et écrits visant à sensibiliser les administrés.

Cette adaptation des réseaux est également un vrai enjeu de coopération entre les territoires ruraux plutôt producteurs, et les territoires urbains plutôt consommateurs. C’est un lien tissé entre ces deux mondes. “Par la construction d’infrastructures gazières on tire un trait d’union entre les territoires, abonde Guillaume en rebondissant sur le réseau nouvellement construit qui interconnecte Mésanger à Nantes. Ce nouveau réseau est le trait d’union entre un territoire rural de production et un territoire urbain de consommation”.

Crédits Photo d’entrée : Grégory Brandel