poulehouse est une sorte de maison de retraite pour poules
Agriculture et Alimentation

Poulehouse, la start-up qui veut sauver les poules de l’abattoir- 5 minutes de lecture

La start-up Poulehouse propose aux consommateurs des oeufs qui proviennent de poules sauvées de l’abattoir. Il s’agit d’un mode de production éthique, mettant le bien-être animal au-dessus d’une logique purement commerciale et qui se trouve être également une première mondiale !


Il s’agit d’une première mondiale. Poulehouse est une marque qui, depuis le mois de septembre 2017, propose à la vente des œufs de poules… sauvées de l’abattoir. En effet, il faut savoir que dans tous les modes de production (y compris les élevages Bio) les poules sont presque systématiquement tuées vers l’âge de 18 mois. C’est à dire au moment où elles pondent moins régulièrement et sont donc moins productives.

Ainsi, Poulehouse est un mode de production qui évite l’abattage des poules. Comment ça marche ? En fait, une poule peut vivre entre six et dix ans. Les poules qui dépassent l’âge des 18 mois et qui sont indésirables dans les élevages sont accueillies dans un refuge. Il s’agit d’une sorte de “poulailler de retraite” pour les laisser vivre jusqu’à la fin de leur vie. Elles continuent à y pondre des oeufs. Mais elles le font à un rythme plus faible, c’est-à-dire en moyenne un œuf tous les deux ou trois jours.

La “Maison des poules” à Coussac-Bonneval est située à 40 km au sud de Limoges. Ce refuge accueille pour l’instant un peu plus de 600 pensionnaires. La capacité d’hébergement totale est de 18 000 places. Sur le long-terme, la logique de Poulehouse permet d’obtenir plus d’oeufs avec moins de poules. Il s’agit d’un nouvel exemple d’entreprise dont la mission est d’aider à préserver la biodiversité, à l’instar par exemple de Beelife et de sa ruche qui protège les abeilles d’un parasite.

les oeufs Poulehouse
Poulehouse a vendu plus de 600 000 oeufs grâce à des enseignes comme Naturalia, Biocoop, mais aussi Franprix et Carrefour.


Un mode de production éthique qui respecte le bien-être animal

Evidemment, ce mode de production implique des coûts supplémentaires. Il faut en effet nourrir les poules autant que leurs jeunes camarades tout en récoltant moins d’oeufs. Les surcoûts de ce mode de production sont donc réintégrés dans le prix de l’œuf. En somme, c’est le consommateur qui finance l’ensemble de la vie de la poule. Ces acheteurs permettent de rendre viable un mode d’élevage qui prend en compte le bien-être animal.

Poulehouse commercialise ses œufs depuis un an et demi maintenant. L’entreprise s’est implantée grâce à plusieurs grandes enseignes. C’est notamment le cas de Biocoop, Franprix, Naturalia et même Carrefour. Et si les œufs sont vendus deux fois plus chers qu’un œuf bio classique (presque 1 euro l’unité), cela semble convenir à certains acheteurs. L’entreprise a ainsi vendu plus de 600 000 œufs, et prouve que son modèle peut fonctionner avec succès. L’entreprise qui prend soin des poules souhaite désormais aller plus loin et se faire une place sur le marché des oeufs Bio. Aujourd’hui, les œufs sont marqués de 0 à 3 pour informer le consommateur sur le mode d’élevage des poules. 0 correspond à une poule élevée en plein air et bio et 3 à une poule élevée en cage ou en batterie. Poulehouse souhaite créer une catégorie 0 + pour des œufs bio, en plein air, dont les poules ont été sauvées de l’abattoir.

Un autre débouché qu’explore la start-up pour multiplier les ventes sont les produits transformés. En effet, d’un point de vue nutritif, les œufs de poules vieillissantes sont excellents. Cependant leur taille est plus grosse et leur coquille plus fragile. Ils pourraient donc être intégrés dans des produits comme les gâteaux ou les crêpes.

Une poule peut pondre jusqu'à 250 oeufs par an
Une poule produit entre 80 et 250 oeufs par an tout en étant capable d’ingurgiter 75kg de déchets organiques chaque année.


Au delà des oeufs, la poule est un véritable allié écologique

En moyenne, les déchets organiques représentent près de 40% des déchets ménagers résiduels en France. De fait, un habitant produit en moyenne 354 kg d’ordures ménagères. Or, les poules peuvent ingurgiter jusqu’à 75 kilos de déchets organiques par an. Soit 150kg à deux car une poule ne peut pas vivre seule. Depuis quelques années, les poules font ainsi leur retour en force au sein de nos jardins. Certaines collectivités locales organisent même des dons de poules à leurs habitants afin d’optimiser la gestion des déchets.

C’est par exemple le cas du département de la Vendée. Il propose cette solution en partenariat avec l’Ademe depuis 2015. Au total, 600 poules ont été distribuées sur tout le département. Les premières observation indiquent une réduction des déchets des ménages d’environ 15%.

En outre, les ménages qui ont adopté des poules ont visiblement changé certaines habitudes. Le département de la Vendée précise qu’ils sont nombreux à avoir mieux trié leurs déchets ou installé des composteurs chez eux. Autre avantage d’avoir des poules chez soir, leurs déjections tout comme leurs plumes sont riches en azote. Elles peuvent donc être utilisées comme engrais directement sur les plantes du potager ou compostées avec d’autres déchets végétaux du jardin pour ensuite améliorer la fertilité des sols. Enfin une poule produit entre 80 et 250 œufs par an en fonction de son âge. Un bénéfice net pour la consommation alimentaire d’un ménage.

Et quand elles sont trop vieilles et qu’un ménage souhaite s’en débarrasser, il y aura peut-être une maison de retraite disponible pour leur proposer une fin de vie agréable ?


Guillaume Joly. @guitjoly

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