Depuis 1900, la température moyenne en France s’est réchauffée de 1,7°C et le climat « normal » change. D’ailleurs, Météo France a décidé aujourd’hui de revoir ses « températures normales de référence » qui seront désormais calculées sur la période 1991-2020 au lieu de 1981-2010 jusqu’alors. La canicule historiquement précoce qui s’est abattue sur la France entre le 16 et le 19 juin dernier nous rappelle d’ailleurs que les conséquences du réchauffement climatique sont de plus en plus visibles.

Depuis le début de l’année 2022, l’ensemble du territoire français fait d’ailleurs face à un stress hydrique important à cause d’un manque de pluviométrie cet hiver. Par ailleurs, le mois de Mai a été également historiquement sec et chaud et la saison estivale s’ouvre sur une situation de sécheresse inquiétante pour la végétation, qui souffre silencieusement de ce réchauffement du climat.

Car il est une chose certaine : le principal outil pour réduire la concentration de gaz à effet de serre dans l’atmosphère, c’est la préservation et la restauration des puits de carbone, c’est-à-dire les écosystèmes naturels que sont les océans, les tourbières, les mangroves, les prairies ou encore les forêts. Or, ces dernières souffrent terriblement de la chaleur et l’adaptation de nos forêts à un climat qui change devrait être une priorité absolue.

Les scientifiques n’ont évidemment pas attendu pour se pencher sur la question, qui s’est posée dès les années 1970. C’est en particulier depuis la sécheresse de 1976, qui avait eu un impact désastreux sur les populations de chênes pédonculés, que les chercheurs s’interrogent sur l’adaptation des chênes à un climat qui change. Et d’après leurs recherches, c’est dans la sélection des meilleures graines que se trouve la solution.

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34 espèces sélectionnées pour créer les forêts de demain

À la suite de la sécheresse de 1976, l’INRAE et l’Office National des Forêts ont donc mené une vaste étude axée sur l’évolution, la survie, la croissance, la forme et l’adaptation aux variations climatiques des populations de chênes, ainsi que sur leur variabilité génétique. Grâce à quatre sites expérimentaux situés dans les départements de la Sarthe, du Cher, de la Nièvre et de la Moselle, ce sont 110 populations de chênes, dont 70 provenant de la France et 40 d’Europe, qui ont été scrutées pendant plus de 30 ans par les scientifiques.

Le fait est que le chêne est un arbre qui peut présenter une véritable tolérance à des climats arides et chauds, ainsi que le prouvent des populations s’étant développées aux États-Unis. Mais ce que l’étude menée conjointement par les chercheurs français a prouvé, c’est que les chênes présentant les meilleurs critères d’adaptation au changement climatique provenaient de région bénéficiant d’une longue tradition de sylviculture telles que le Bourbonnais, le Berry et le Bassin de la Loire.

Ainsi, le travail de sélection mené par l’homme a permis de faire émerger des espèces qui sont naturellement plus résilientes au climat. Un réservoir qui pourrait donc servir de base pour l’évolution de nos forêts.

C’est ainsi que les scientifiques ont fini par isoler 34 populations de chênes, présentant de bonnes combinaisons de caractères pour faire face au climat de demain, afin d’en faire une source de graines pour les futures plantations. Leurs recommandations incitent également les gestionnaires de forêt à miser sur la diversité et au mélange des essences pour faciliter l’adaptation des forêts au climat de demain.

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