Conscients de la nécessité d’accompagner la Transition Écologique avec des professionnels formés et pouvant répondre aux besoins des entreprises et des collectivités, Audencia Business School et Centrale Nantes ont lancé l’année dernière le Mastère spécialisé “Acteur pour la Transition Énergétique “(MS APTE).

Complété par les expertises de l’École Nationale Supérieure d’Architecture de Nantes et l’École de Design Nantes Atlantique, ce parcours pluri-disciplinaire s’adresse autant à des professionnels en reconversion qu’à de plus jeunes étudiants qui souhaitent prendre leur part dans la construction du monde de demain.

Échanges avec André Sobczak, Responsable pédagogique de ce Mastère spécialisé, pour comprendre la genèse, la réussite et les ambitions de ce diplôme unique en France.



Les Horizons : André Sobczak, pouvez-vous nous présenter la genèse du Mastère Spécialisé “Acteur pour la Transition Énergétique” ?

André Sobczak : Ce Mastère est né il y a presque deux ans de l’observation qu’il y avait des entreprises en recherche de professionnels pour piloter des démarches de transition énergétique, avec une double compétence technique et managériale. Les entreprises nous disaient que, souvent, les acteurs n’avaient qu’une de ces compétences : soit des ingénieurs qui avaient des capacités à développer des technologies très intéressantes, avec du mal à faire adhérer les parties-prenantes à ces outils ; ou de l’autre côté, des profils qui savaient très bien communiquer mais qui pouvaient dire de grossières erreurs sur le plan technique, ou faire des contre-sens.

Nous avons alors décidé de solliciter d’autres écoles sur le territoire (Centrale Nantes, l’École de Design de Nantes Atlantique, ou encore l’École Nationale Supérieure d’Architecture de Nantes, ndlr) pour créer une nouvelle formation qui permette de répondre à cette attente du marché et former des professionnels qui peuvent avoir un impact positif sur la transition énergétique, sur notre territoire et au-delà.


Quels sont les grands axes de la pédagogie développée pendant le cursus ?

Il y a différents modules sur les nouvelles énergies et toutes les solutions technologiques qui permettent soit de réduire les consommations d’énergie, soit de mobiliser le plus possible les énergies renouvelables. Ces cours sont principalement assurés par Centrale Nantes. Il y a également des cours sur l’urbanisme, pour savoir comment concevoir une ville, un quartier ou un bâtiment qui réduisent au maximum les consommations d’énergie, en pensant différemment la place du citoyen. C’est l’école d’architecture qui s’en occupe.

Il y a aussi des cours sur de nouveaux modèles économiques, de nouvelles stratégies, de nouveaux processus de management qui permettent de trouver des solutions, qui font que ces solutions technologiques ou urbaines sont pertinentes aussi sur le plan économique. C’est plutôt Audencia qui travaille sur ces modules.


Et pour l’École de Design ?

L’École de Design intervient, sur des moments plus réduits, sur la créativité, sur comment on peut faire émerger des solutions différentes, et comment y faire adhérer les différents utilisateurs et parties-prenantes.

Dans la seconde promotion, un tiers des élèves est en reconversion, et les deux tiers sont plutôt de jeunes étudiants


Quel est le profil des entreprises intéressées par les étudiants du MS APTE ?

Ce sont des entreprises de secteurs assez différents. Il y a évidemment des entreprises dans le domaine de l’énergie. Mais sont aussi venues nous voir les entreprises du secteur de la grande distribution, qui voient bien qu’il y a des attentes des consommateurs et que la législation est en train de changer, qu’ils doivent revoir leurs modèles pour leurs magasins, revoir la logistique…. D’un autre côté, les collectivités nous disent aussi qu’elles ont bien identifié que la transition énergétique était indispensable, et qu’en tant que collectivités seules, elles ne peuvent pas y arriver.


Avec la rentrée de la seconde promotion cette année, est-ce qu’il y a un profil type des étudiants qui se dégage ?

Le point commun des étudiants c’est qu’ils sont motivés à titre personnel pour donner du sens à leur carrière, avec un petit côté militant dans le sens positif. Ils disent “on veut vraiment participer à créer un impact positif sur l’environnement et sur la société“. Après, dans la première promotion (13 étudiants) c’était dans la très grande majorité des personnes en reconversion.

Dans la seconde promotion actuellement en place (27 étudiants), un tiers est en reconversion, et les deux tiers sont plutôt de jeunes étudiants. En terme de background, sur les deux promotions la moitié a un parcours ingénieur et l’autre moitié a plutôt un parcours management, communication-marketing / gestion de projets. Et cette année on a aussi un philosophe dans l’équipe.

GRDF veut travailler avec nous sur le biogaz et le développement d’une filière dans ce domaine-là


Quels sont les retours sur le placement professionnel des étudiants de la promotion 2019-2020 ?

Un certain nombre trouve des débouchés dans le conseil sur les énergies renouvelables, parce que c’est un secteur qui se développe assez fortement. Plusieurs ont trouvé dans des entreprises sur les éoliennes en mer. Ils venaient pour partie de ce secteur-là, mais le développement de l’éolien offshore ouvre de nouvelles opportunités. D’autres sont plutôt dans le domaine de l’urbanisme.


Comment a évolué ce programme entre le lancement et cette seconde promotion ?

Il évolue forcément parce que c’était une première. Même si les retours des étudiants de la première année étaient globalement très positifs, il y avait des axes de progression. On a renforcé les cours sur le financement de la transition énergétique, on a ajouté des cours plus techniques sur les différents types d’énergies renouvelables parce que le nombre d’heures n’était peut-être pas suffisant.

Nous avons aussi revu les projets fil rouge avec l’idée que les étudiants doivent travailler comme des consultants juniors pour des organisations du territoire. L’année dernière, le groupe était plus petit et il y avait un seul projet. Cette année il y en a cinq, en essayant d’être sur des projets plus concrets et pertinents.

Nantes Métropole a proposé un projet aux étudiants pour savoir comment convaincre des TPE de se lancer dans la transition énergétique


Que vous disent les professionnels sur le MS APTE maintenant qu’il a plus d’un an d’existence ?

Le Mastère est forcément plus connu parce que les étudiants bientôt diplômés communiquent, et des professionnels ont rencontré les étudiants dans différents projets. Cette année c’est encore plus simple parce que des entreprises viennent nous voir spontanément pour nous proposer des projets.

Par exemple, GRDF veut travailler avec nous sur le biogaz et le développement d’une filière dans ce domaine-là. La semaine dernière j’étais avec les étudiants au Pôle EMC2 pour travailler sur les industries éco-responsables. Ça ouvre encore plus d’opportunités pour les étudiants cette année.

On a d’ailleurs essayé d’être encore plus à l’écoute des acteurs tout au long du programme, en réponse à ce qui nous a été dit par la promotion précédente. On multiplie les formats, on a ainsi organisé un échange avec les DRO, les Dirigeants responsables de l’Ouest, et on a le projet de créer une association FDRO, pour Futurs dirigeants responsables de l’Ouest. L’idée c’est de formaliser un partenariat permanent, pas exclusif du MS APTE mais piloté par le MS APTE, pour créer des échanges avec les dirigeants futurs. Parce que je pense que ça peut apporter beaucoup aux entreprises.

Les collectivités aussi proposent des projets. Nantes Métropole a proposé un projet fil rouge aux étudiants pour savoir comment convaincre des TPE de se lancer dans la transition énergétique. Quels arguments mettre en avant, quels angles d’approche doivent être privilégiés ?


André, avez-vous quelque chose à ajouter pour conclure ?

Oui, on veut créer une vraie communauté autour du MS APTE, et voir comment les diplômés du programme vont pouvoir travailler dans le Mastère, peut-être intervenir dans les cours, proposer des stages dans leurs entreprises. La crise de la Covid ne nous aide pas à travailler sur un mode très convivial pour la création de cette communauté, mais on le fera quand même parce que ce serait dommage de se priver de ce potentiel pour les deux parties en fait.