Sarah Durieux
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Comment fédérer l’engagement citoyen autour de la transition écologique- 6 minutes de lecture

Nous avons posé 5 questions à Sarah Durieux, directrice France de Change.org, sur la manière dont les pétitions en ligne peuvent favoriser l’engagement citoyen autour de la transition écologique.


À l’occasion d’un festival Web2Day résolument orienté Tech for Good, nous avons rencontré Sarah Durieux à l’issue d’une conférence à laquelle elle participait sur la manière dont la technologie permet aux gens de faire entendre leur voix et de se fédérer autour de causes.

Nous l’avons donc interrogé sur la manière dont la technologie – mais surtout la plateforme de pétition en ligne Change.org dont elle est Directrice France – pouvait permettre aux citoyens de se fédérer autour de la transition écologique ?

petition change.org destruction invendus
Une pétition contre la destruction des invendus par Amazon a obtenue presque 130 000 signatures.


Les Horizons : Sarah, dans l’actualité récente, on a beaucoup parlé de “l’affaire du siècle”, une pétition visant à poursuivre l’Etat en justice pour son inaction climatique, et qui a récolté 2 millions de signatures en un mois. Quelle résonance est-ce que cela a pour vous ?

Sarah Durieux : Nous on trouve ça génial ! Même si la pétition n’est pas passée par Change.org, voire une pétition en ligne qui atteint une telle ampleur, c’est génial. D’autant que beaucoup de jeunes qui ne sont pas engagés politiquement au sens classique du terme ont été signataires de cette pétition. Cela prouve qu’une autre forme d’engagement citoyen est possible. Et avoir autant de personnes sur la question du climat, c’est impressionnant.

Il y a quelques années, le sujet du réchauffement climatique n’était pas un sujet qu’on abordait en communication “grand public”. Quand j’ai commencé à travailler en ONG (à la fondation Nicolas Hulot, NDLR) on se focalisait sur les gestes écolos du quotidien ou sur des sujets comme les pesticides. Aujourd’hui, on peut aborder la question du changement climatique dans sa globalité. C’est super de voir ce changement. Et super de voir aussi les relais qui ont été utilisés comme les influenceurs, les youtubeurs, pour pouvoir fédérer le plus grand nombre.


Sur Change.org, vous observerez une augmentation de l’engagement citoyen autour de l’environnement ?

Absolument ! En fait on l’a toujours eu, mais de la part d’un public très activiste ou très militant. Aujourd’hui, ce qu’on remarque, c’est une augmentation du nombre de pétitions qui sont grand public autour de la question de l’environnement et de la transition.

On observe d’ailleurs que beaucoup d’entre elles font le lien entre l’environnement, la préservation de la biodiversité et la santé. Les gens ont pris conscience de l’impact que ces changements pouvaient avoir sur leur santé et c’est un moteur puissant pour les pousser à agir. Et cela fait que, politiquement, les choses bougent. On l’a vu avec les résultats des élections européennes où l’écologie a été au coeur des débats.

Le rôle de la pétition, c’est d’inciter les citoyens à se sentir légitime


En terme d’engagement justement, la pétition peut-elle réellement faire bouger le monde politique ?

Le rôle de la pétition, c’est surtout de pouvoir créer une sorte de contre-pouvoir qui va inciter les citoyens à se sentir légitime pour prendre la parole sur un sujet. Il y a des citoyens, il y a des décideurs politiques et la pétition, elle a pour but de favoriser le dialogue entre ces deux parties.

Par exemple, on a une pétition qui a été lancée récemment par un jeune homme qui s’appelle Alexandre sur la question des produits détruits par Amazon. Il y a eu plusieurs mois de campagne. Il s’est retrouvé avec d’autres activistes qui travaillent sur ce sujet, ils ont été remettre la pétition à Brune Poirson. Les médias en ont parlé. Et je pense que si Brune Poirson était convaincue du sujet, ça a apporté un impact supplémentaire dans les arbitrages qui se font à Matignon. Et la question de la destruction des invendus, elle a a été ajoutée depuis à la future loi sur l’économie circulaire. Ça c’est un exemple de la manière dont la voix des citoyens est portée auprès des décideurs.


Après, le temps politique est généralement un temps long. Est-ce qu’on ne pourrait pas accélérer le changement en adressant des pétitions directement aux entreprises par exemple ?

Oui bien sûr. Mais ça n’est pas dans les habitudes françaises. En France, on s’attend davantage à ce que le législateur s’empare des sujets. On a moins l’idée de s’intéresser aux pratiques des entreprises. Ce qui fait aussi que certaines entreprises ne se sentent pas intéressées à ces problèmes. Mais je pense que c’est important de le faire.

Par exemple, il y a actuellement une pétition adressée à McDonald. C’est une étudiante qui s’appelle Marine qui a lancé cette campagne pour demander à McDo de passer au zéro déchet. D’ailleurs, elle a eu plusieurs entretiens avec eux, ce qui montre que les entreprises sont réceptives à cela. Et sur les questions environnementales, je pense que c’est important de ne pas attendre uniquement que le monde politique agisse.

Il y a des citoyens, il y a des décideurs politiques et la pétition, elle a pour but de favoriser le dialogue entre ces deux parties


L’engagement en un “clic”, ça n’est pas limité sur des causes aussi impactantes ?

Honnêtement, on a souvent un rapport à l’engagement qui est lié à une vision de type “si tu galères pas, ça compte pas vraiment”. Ce qui est une vision que je ne partage pas. Ensuite, la pétition aborde un véritable enjeu d’inclusion. Le fait que ce soit facile, ça permet à des tas gens qui ne se seraient pas engagés autrement de pouvoir le faire. Si tu es handicapé, si tu es malade, si tu as des enfants et que tu ne peux pas les faire garder, si tu habites loin des villes où se passent les manifestations… On ne peut pas toujours tout le temps être sur le pont.

Donc signer une pétition, ça permet de s’engager à n’importe quel moment. Et puis, ce clic, il est souvent la première étape d’une autre forme d’engagement. Récemment, on a une jeune femme qui s’appelle Mounia qui a lancé la pétition #BaslesPailles pour interdire l’usage des pailles en plastique en France. Et dans la foulée, elle a structuré une association autour de cette pétition. Et beaucoup de gens qui ont signé sa pétition sont devenus des bénévoles locaux de cette association. Donc le “clic”, il peut amener à autre chose.


Les Horizons, Web2Day 2019.

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