les insectes sont une source de protéines
Agriculture et Alimentation

Quels sont les avantages des protéines à base d’insectes ?- 6 minutes de lecture

Focus sur l’impact environnemental bénéfique des protéines à base d’insectes, une des grandes tendances actuelle de la foodtech.


Le World Resources Institute prévoit un écart de 60% entre l’offre et la demande de protéines à l’horizon 2050. Or, aujourd’hui, l’essentiel de nos protéines viennent de la viande ou des légumineuses. Pour combler cet écart entre ressources et population, il est donc nécessaire de produire davantage. Mais dans le même temps, il s’avère que l’élevage et l’agriculture représentent environ un quart de nos émissions de gaz à effet de serres. Il y a donc un dilemme à résoudre. Produire davantage pourrait augmenter les problématiques liées au réchauffement du climat – sans parler des besoins en eau et en terres agricoles qui sont des ressources finies.

Ne pas produire davantage augmentera les cas de carences alimentaires voire de famine. Une partie de la solution consiste alors à produire différemment. Et à ce sujet, il y a des alternatives qui font beaucoup parler d’elles. Le fait de manger des algues, par exemple, mais aussi le fait d’apporter des protéines à base d’insectes dans notre alimentation.

En effet, la masse corporelle d’un cricket peut être constitué jusqu’à 72% de protéines. Ils sont également source de vitamines – notamment la vitamine B12 active pour renforcer le système immunitaire. ils apportent égalemnt, fibres et minéraux. Alors, certes, il faut beaucoup de cricket pour produire autant de protéines qu’une vache. Mais, on découvre que ça n’est pas un si grand problème. En fait, c’est même peut-être plus simple et plus écologique d’élever énormément d’insectes plutôt que d’élever beaucoup de vaches. 

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un steak qui contient des protéines à base d'insectes
Un steak réalisé grâce à des “fruits de terre”, c’est à dire des insectes.
Photo : les fruits de terre

Une culture plus respectueuse de l’environnement 

Consommer des insectes, c’est une pratique à la fois innovante et très ancienne. En occident, on a perdu le goût pour les grillons, mais dans d’autres endroits du monde, les insectes sont consommés régulièrement. Ils étaient probablement à la base de l’alimentation de nos ancêtres primitifs. Et on trouve des récits provenant de l’antiquité – grecque ou romaine – qui font mention de la présence d’insectes dans les moeurs culinaires de l’époque. Alors, pourquoi ne pas la remettre au goût du jour ? D’autant que la culture d’insectes – qu’on appelle aussi entomoculture – présente des avantages d’un point de vue environnemental qui ne sont pas sans intérêt.

D’abord, les émissions de gaz à effet de serre liées à l’élevage d’insectes sont considérées comme étant 100 fois moins importantes que celles des autres animaux d’élevage. D’autre part, les déchets organiques de l’élevage entraînent une pollution de l’eau et des sols (nitrification et acidification des sols). Or, les insectes peuvent être élevés sur du compost ou du lisier. Cela permet de réduire la contamination environnementale ainsi que de valoriser ces résidus d’élevage. Pratiquer l’entomoculture en parallèle de l’élevage crée donc un cercle vertueux propre à l’économie circulaire

Ensuite, la demande croissante en eau menace la biodiversité et les besoins humains vitaux. L’eau douce est une ressource rare et malheureusement finie. Aujourd’hui cependant, l’agriculture représente près de 70 % de la consommation d’eau douce mondiale. Pour une même quantité de protéine, l’élevage d’insecte requiert 1 500 fois moins d’eau que l’élevage bovin.

Enfin, contrairement à d’autres élevages animaux, produire des insectes ne nécessite pas d’occuper de larges espaces. Ce qui permet à cette culture de s’inscrire facilement dans des démarches d’agriculture urbaine par exemple. 

Ynsect produit des aliments grâce à des protéines à base d'insectes.
la “Fermilière” de la société Ynsect – un élevage destiné à l’alimentation animale.
Photo : Ynsect

Ces start-up qui investissent le marché des protéines à base d’insectes

Partant de ce constat, on trouve aujourd’hui de nombreuses entreprises innovantes qui se lancent dans le défi de remettre ces aliments au goût du jour. Ils travaillent généralement sur deux créneaux : l’alimentation animale et l’alimentation humaine.

L’exemple des Fruits de terre

Du côté de Lyon, il y a par exemple la start-up Fruits de terre. En effet, si les coquillages et crustacés sont appelés fruits de mer, alors pourquoi grillons et vers ne seraient pas aussi renommés de cette manière ? C’est le pari d’Adrien Lamblin et de Charlotte Allix qui ont fondé cette entreprise il y a 3 ans. Soutenu notamment par l’insitut Paul Bocuse, ils produisent des steaks et des quenelles réalisés grâce à de la farine d’insectes. L’entreprise cible notamment les fast-food et les restaurants car son produit phare se marie bien avec les burgers.

« Je préfère d’ailleurs parler de Fruits de Terre, qui évoquent la gourmandise et le terroir. » Adrien Lamblin. 

La fabrication de leurs produits est made in France (les insectes proviennent de Gironde) et 100% bio. Tout est fait pour une production dont l’impact environnemental est réduit. Et dont l’apport nutritionnel – en protéines – est garanti. Le tout enrobé d’un goût de terroir et d’authenticité que recherche les consommateurs. En attendant la création de nouveaux produits, Fruits de terre travaille aussi à une commercialisation respectueuse de l’environnement. Pour l’instant, c’est en circuit-court en agglomération lyonnaise qu’on peut trouver leurs produits.

des insectes qui contiennent souvent davantage de protéines que les bovins.
Pour une même quantité de protéine, l’élevage d’insecte requiert 1 500 fois moins d’eau que l’élevage bovin. Photo : Ynsect

Et celui de la start-up Ynsect

D’un autre côté, on trouve par exemple la start-up Ynsect qui vise un marché destiné aux animaux. En effet, les animaux d’élevage consomment 20% des protéines mondiales. A terme, ils pourraient donc se trouver en concurrence directe avec la consommation humaine.

Or, les insectes font partie de la nutrition naturelle de très nombreux poissons, oiseaux et mammifères. Par une curieuse absurdité, ils sont absents des rations alimentaires actuellement données aux animaux d’élevage. Une anomalie que souhaite corriger la PME française en redonnant aux insectes la place qui devrait être la leur dans la chaîne alimentaire des animaux d’élevage et domestiques.

Le premier marché visé par Ynsect est celui des aliments haut de gamme pour animaux domestiques qui représente 2,5 millions de tonnes / an. Le second marché ciblé est celui des aliments destinés l’aquaculture. Ce marché consomme 3,2 millions de tonnes de farines de poisson par an. Et pour illustrer l’essort de ce marché, Ÿnsect vient de lever 110 millions d’euros le 21 février 2019 pour industrialiser sa production. Elle va ainsi concevoir une véritable ferme à insectes en région parisienne afin de produire 20 000 tonnes de protéines par an. Ces protéines alternatives seront destinées au marché de l’alimentation animale.

Et demain, ce seront peut être d’autres entreprises qui viendront compléter ce marché florissant. Un marché qui, cependant, ne pourra continuer de se développer qu’à condition de trouver un écho auprès des consommateurs. Aujourd’hui, ils sont nombreux à juger important de réduire la consommation de viande.

Suffisamment pour se laisser séduire par des grillons ? 


Guillaume Joly. @guitjoly

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